L’Internet et la démocratie numérique

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L’Internet, une transformation de la démocratie ?

Cyberdémocratie et démocratie participative

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Cyberdémocratie et démocratie participative

Jocelyn Ziegler p. 155-171 TexteNotesAuteur

Texte intégral

  • 1 M. C. Roques-Bonnet, Internet, machine à voter et démocratie, L’Harmattan, 2011, p. 142.
  • 2 Recommandation CM/Rec (2009).

1Depuis les années 1990, l’utilisation d’Internet est en pleine croissance. Ce nouvel outil va-t-il favoriser le débat démocratique ? « L’équation de la démocratie plus Internet est-elle égale à la démocratie participative »1 ? En octobre 2009, une recommandation du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe est adoptée sur la cyberdémocratie, elle est nommée démocratie « électronique »2. L’objectif de la démocratie électronique est d’utiliser les technologies d’information et de communication (TIC) pour améliorer la démocratie et les institutions démocratiques. De ce fait, la démocratie électronique permet au citoyen de participer à cette démocratie avec les dirigeants.

  • 3 P. Levy, Cyberdémocratie, Odile Jacob, 7 janvier 2002, p. 36.
  • 4 Ibid., p. 29.

2Pour P. Levy, la cyberdémocratie annonce l’avènement d’une démocratie nouvelle, généralisée. Il parle d’une véritable « société civile planétaire »3. Que signifie finalement « cyberdémocratie » ? Le mot « cyberdémocratie » est un terme très récent qui a pour origine le terme américain cyberdemocracy. Il renvoie à l’idée que l’utilisation des Technologies d’information et de communication (TIC) comme l’Internet peut améliorer la démocratie grâce à la participation directe et active des citoyens au processus décisionnel démocratique. Son application peut être étendue au niveau planétaire, comme le pensait P.  Levy qui parle d’« un nouvel espace de communication, inclusif, transparent et universel, qui est amené à renouveler profondément les conditions de la vie publique dans le sens d’une liberté et d’une responsabilité accrue des citoyens »4.

  • 5 P. Flichy, « Internet, un outil de la démocratie ? », La Vie des idées, 2105-3030, 14 janvier 2008 (…)
  • 6 Dictionnaire Le nouveau Petit Robert, Le Robert, 2009, p. 671.
  • 7 Ibid., p. 671.

3La cyberdémocratie apparaît donc comme un nouvel espace pour la démocratie. Dans les années 1990, elle est présentée comme une nouvelle « agora électronique »5. La démocratie est un système qui diffère des systèmes où le pouvoir est détenu par un seul homme, c’est-à-dire la monarchie, ou par un groupe d’hommes, c’est à dire l’oligarchie. Étymologiquement, « démocratie » vient du grec ancien « dêmokratia », composé de « dêmos » : le peuple, et de « kratos » : le pouvoir. Il signifie donc « souveraineté du peuple »6. Au Ve siècle avant J-C, « démocratie » signifie « gouvernement de tous les citoyens »7. Ainsi la démocratie apparaît comme le choix politique dans lequel les citoyens détiennent la souveraineté de la cité.

  • 8 C. Polère, Démocratie : de quoi parle-t-on ?, Millénaire, Le Centre Ressources prospectives du gran (…)
  • 9 M. Gauchet, L’avènement de la démocratie, Gallimard, 2007, p. 12.
  • 10 A. Delcamp, Nouvelles questions sur la démocratie, Dalloz, 2010, p. 67.

4Pour Périclès, homme politique d’Athènes de 495 à 429 avant J-C, « la démocratie, c’est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple »8. Dans cette définition, l’intérêt général prime sur les intérêts individuels. Marcel Gauchet définit la démocratie par trois éléments : « le politique, c’est à dire le cadre dans lequel une collectivité d’hommes s’inscrit et maîtrise son destin, le droit qui fournit le principe de légitimité de ce cadre, l’histoire qui exprime le souci du devenir de cette collectivité »9. Pierre Rosanvallon écrivait sur la démocratie qu’elle était à la fois une promesse et un problème. Une promesse, dans le sens où elle ne peut jamais être satisfaisante. Et un problème, parce qu’il faut toujours trouver des réponses nouvelles pour répondre à l’idéal qu’elle incarne10. Dans De la démocratie en Amérique (1835), A. de Tocqueville soulignait que la démocratie correspondait au culte quasi religieux du public. Le public serait au cœur de la démocratie. Le public serait la clef de voûte du phénomène de la démocratie.

  • 11 E. Forey et C. Geslot, Internet, machines à voter et démocratie, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 7.
  • 12 B. Loveluck, « Internet, vers la démocratie radicale ? », Le Débat, 2008/4 n° 151, p. 150-166.

5La démocratie est avant tout représentative, c’est à dire que le citoyen délègue sa souveraineté à des représentants élus qui défendent l’intérêt général. Mais à partir de 1990, les réflexions sur la démocratie changent. Les nouvelles potentialités ouvertes par l’Internet changent les interrogations et les points de vue sur la démocratie. De ce fait, la démocratie ne pouvait pas rester à l’écart de l’évolution du réseau Internet qui a transformé les quotidiens, professionnel et privé. « La dématérialisation et l’instantanéité, caractéristiques du support électronique, sont de nature à bouleverser certaines pratiques démocratiques, à faire entrer peut-être la démocratie dans une nouvelle ère »11. Pour Benjamin Loveluck, dans Internet vers la démocratie radicale ? 12, l’Internet renoue de plusieurs façons avec la démocratie. Il sacralise la parole de façon nouvelle, promeut le dogme de l’égalité, valorise la participation directe des citoyens et la transparence.

  • 13 P. Flichy, « Internet et le débat démocratique », Réseaux, 2008/4 n° 150, p. 159-185.
  • 14 M. Cartier, Les groupes d’intérêts et les collectivités locales : Une interface entre le citoyen et (…)

6De plus, l’apparition des applications Web 2.0, comme par exemple les blogs ou encore les forums, permet à l’internaute d’exprimer plus facilement son point de vue. « Internet, contrairement à la radio ou à la télévision, met en situation d’égalité l’émetteur et récepteur, c’est donc à première vue l’outil idéal pour une démocratie participative où le citoyen pourrait intervenir très régulièrement dans le débat public »13. Pour M. Cartier, « la démocratie électronique est le terme le plus englobant, le plus souvent employé pour désigner, dans son sens le plus large, un moyen d’exercice de la démocratie participative par le biais des NTIC (nouvelles technologies d’information et de communication). La démocratie électronique n’est en aucun cas une nouvelle forme de démocratie en elle-même, il ne s’agit que de l’application de la démocratie participative à l’aide des outils offerts par la technologie »14.

  • 15 M. C. Roques-Bonnet, Internet, machine à voter et démocratie, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 141.

7De ce fait, Internet et les nouvelles technologies d’information et communication sont devenus le moyen d’échange privilégié par les particuliers, les associations, les partis politiques, les élus… La cyberdémocratie est devenue « le lieu d’échange incontournable pour l’expression démocratique »15. Peut-on dire que la cyberdémocratie va être la solution pour une démocratie représentative en perdition ? Avec la cyberdémocratie va-t-on tout droit vers une démocratie participative ? Ou encore, la démocratie participative, grâce à la cyberdémocratie, est-elle une réalité ou juste une fiction ?

8La démocratie participative désigne l’ensemble des procédures, instruments et dispositifs qui permettent aux citoyens d’être replacés au cœur du débat politique. De ce fait, le citoyen est directement impliqué dans le gouvernement des affaires publiques. La cyberdémocratie devient la solution, pour le citoyen, à la participation à la démocratie participative (I), mais est-elle réellement la solution ou juste une utopie(II) ?

I. La cyberdémocratie, une solution pour la démocratie participative

9La cyberdémocratie semble être le nouvel espace qui permet au citoyen (A) de participer au phénomène de mode qu’est la démocratie participative (B).

A. La cyberdémocratie, un espace virtuel qui favorise la démocratie participative

10La cyberdémocratie offre un espace favorisant la participation citoyenne (1) grâce aux outils des technologies d’informations et de communications (2).

1. Un cyberespace favorisant la participation du citoyen

  • 16 W. Gibson, Burning Chrome, Omni, 1982, p. 53.
  • 17 P. Flichy,« Internet, un outil de la démocratie ? », 2008, op.cit.
  • 18 R. Howard, Les communautés virtuelles, Addison-Wesley, France, 1995, p. 6.
  • 19 P. Flichy, Internet et le débat démocratique, op.cit. p. 258.

11Le terme cyberespace est utilisé dans les années 1980, notamment par W. Gibson. Il définit le cyberespace comme un « ensemble de données numérisées en un milieu d’information et de communication, lié à l’interconnexion mondiale des ordinateurs »16. Dans les années 1990, la cyberdémocratie est en pleine évolution, l’Internet est souvent présenté comme un nouvel « agora électronique »17. Howard Rheingold, écrivain américain spécialiste des rapports entre l’homme et les nouvelles technologies, compare l’Internet à un « espace public habermassien »18. Cet espace favorise les échanges et les débats en ligne des internautes. La théorie de Rheingold sur cet espace inspire d’autres auteurs, comme Cass Sunstain ou Patrice Flichy, quant à l’idée de démocratie participative qui pourrait s’affranchir des médias traditionnels. Les informations pour les citoyens seraient directement sur espace numérique. Chaque débat pourrait se passer sur un espace ouvert à tous. Steven Schneider, par exemple, constate qu’il y a un débat ouvert sur l’avortement et que ce débat est contrôlé par les participants eux-mêmes19.

  • 20 B. Manin, Principes du gouvernement représentatif, Champ Flammarion, 1996, p. 259.
  • 21 Ibid., p. 299.
  • 22 E. Forey, Nouvelles questions sur la démocratie, Dalloz, 2010, p. 88.
  • 23 http://www.vie-publique.fr [en ligne] (consulté le 11 février 2015).

12En 1995, B. Manin publie un livre où il remarque l’émergence d’une nouvelle forme de démocratie : « la démocratie du public »20. Les affaires publiques n’y sont plus discutées qu’au seul Parlement, elles sont portées devant la population. Pour Manin, « la forme du gouvernement représentatif qui émerge aujourd’hui se caractérise par l’apparition d’un nouveau protagoniste de la délibération publique, l’électeur flottant et informé, et d’un nouveau forum de cette délibération, les médias »21. Quand B. Manin fait référence aux médias, il pense surtout à la télévision. Cette théorie peut concerner aussi l’Internet qui est devenu le nouveau lieu pour informer la population, échanger sur les affaires publiques. Encore plus que la télévision, l’Internet encourage cette « interactivité entre les élus et les électeurs, et ce jusque dans les enceintes parlementaires où l’accès à Internet est permis »22. Les citoyens ne peuvent venir assister aux séances de l’Assemblée nationale ou du Sénat, mais ils peuvent les suivre en direct sur l’Internet où à la télévision sur les chaînes parlementaires. Les deux chambres permettent le suivi en direct les séances publiques. Cette initiation permet de rapprocher l’élu et l’électeur sur l’espace numérique. Même l’Administration a son propre site Internet qui permet aux citoyens de suivre l’actualité parlementaire, de connaître les différentes institutions ainsi que les débats publics en cours23.

  • 24 T. Vedel, Political Communication in the Age of the Internet, Political Communication in a New Era, (…)

13Ce cyberespace offre de nombreux avantages. C’est un lieu de liberté, car chaque internaute peut s’exprimer librement, participer à n’importe quel débat, créer sa propre image (notamment grâce à l’anonymat). C’est aussi un lieu qui fait disparaître les frontières, car la cyberdémocratie met en relation tous les internautes du monde sur un même espace où ils peuvent participer, débattre… L’Internet permet de créer une société internationale. C’est enfin un lieu de partage, car cet espace permet de partager les connaissances, les informations, et cela crée un lien social entre les internautes24.

2. Les outils de la cyberdémocratie pour une démocratie participative

14L’utilisation des technologies de l’information et de la communication permettent le contact entre tous les internautes du monde. Sur cet espace virtuel, les individus utilisant l’Internet peuvent échanger et participer à tous les débats qu’ils veulent. Les outils du web 2.0 (messageries instantanées, blogs, forums…) facilitent encore plus cette participation et l’intervention de tous les citoyens. Le web 2.0 permet d’écrire, commenter, copier-coller, mixer, publier, partager ou échanger des photos, vidéos, liens et tags, sur des sites de présentation de soi et de ses univers relationnels, développer des expérimentations cartographiques ou de moblogging articulant le Web et le mobile dans un « espace augmenté ». La dimension massive de l’usage des technologies sociales est frappante. Ces dispositifs et agencements machiniques, ces pratiques et expérimentations forment désormais un continuum socio-technique appréhendé actuellement sous le terme discutable et discuté du Web 2.0, désignant le deuxième âge d’Internet et du Web et son tournant « expressiviste »25.

  • 26 http://www.dailymotion.com/group/questions#video=x8tdhi, [en ligne] (consulté le 11 février 2015).
  • 27 « Barack Obama, un véritable président high-tech », http://www.lepoint.fr, 6 novembre 2008, [en lig (…)
  • 28 « L’e démocratie, lien d’Obama avec ses concitoyens », Libération, 27 mars 2009, p. 7.

15La plupart des outils du Web 2.0 sont en open-source c’est à dire qu’ils sont en libre-service, comme les blogs, les wikis, les forums. Tous ces outils facilitent la démocratie participative. Pendant la campagne des primaires du PS en 2006, Ségolène Royal a fait une innovation en matière de meeting politique. Elle a utilisé la démocratie du Web 2.0 pour faire participer les citoyens à son meeting. Les citoyens envoyaient des vidéo-questions sur le site de Dailymotion, sur la page « Poser votre question vidéo à Ségolène Royal »26 et Madame Royal répondait directement par vidéo aux questions des internautes, toujours sur le site Dailymotion. Aux USA, Barack Obama, surnommé le « président high-tech »27, pousse encore plus loin l’expérience. Le jeudi 27 mars 2009, le Président répond en direct à la Maison Blanche aux questions via Internet des citoyens américains. Le Président court-circuite les médias classiques (télévision, radio…). Monsieur Obama déclare que « l’une de mes priorités en tant que président est d’ouvrir la Maison Blanche au peuple américain »28. Les outils de la cyberdémocratie rapprochent de plus en plus la politique des citoyens. Les partis s’ouvrent à tous, les citoyens se rassemblent et manifestent sur des réseaux sociaux. Les citoyens participent directement aux campagnes politiques grâce à ces outils. L’utilisation des réseaux sociaux transforme le dialogue politique. Le dialogue entre les politiciens et les citoyens a changé, ce n’est plus un dialogue vertical mais horizontal.

  • 29 B. Amor-Samy, G. Lucia, L’identité numérique, Les Cahiers du numérique, 1/ 2011 (Vol. 7), p. 103-11 (…)

16Les outils du Web 2.0 sont devenus une arme aux mains des citoyens du monde. Comme par exemple dans les révolutions arabes, où les indignés ont posté des vidéos sur l’Internet pour montrer la crise aux yeux du monde entier. Les revendications se font sur l’Internet, les manifestations se créent sur l’Internet. L’internaute n’est plus seul, il fait partie du « web citoyen »29. De plus en plus de blogs ou de forums sont créés par les internautes pour exprimer leur indignation. Cet esprit de contradiction favorise la démocratie participative.

B. La cyberdémocratie phénomène de mode pour une démocratie participative

17La France utilise la cyberdémocratie comme outil pour développer la démocratie participative (1), quelques exemples étrangers montrent d’autres avantages de la cyberdémocratie (2).

1. L’utilisation de la cyberdémocratie pour une démocratie participative en France

18Les élus français développent la politique de la cyberdémocratie pour rapprocher l’État et les citoyens en donnant accès à l’information à toute la population30. La plupart des sites publics sont centrés sur la diffusion de l’information sur la politique nationale. Quelques sites publics locaux permettent aux citoyens de s’exprimer sur les forums de discussion31. Mais au niveau national, peu de sites permettent « la participation active des citoyens ». La politique de « la participation active des citoyens » est plus développée au niveau local. Ainsi par exemple le site http://www.gouvernement.fr qui est le site du gouvernement français, informe l’internaute sur les dossiers politiques en cours, l’agenda du premier ministre, le compte rendu du conseil des ministres… Il y a une réelle volonté de la part des élus de faire circuler l’information politique. La stratégie en matière de cyberdémocratie est surtout axée sur l’accessibilité de l’information politique. Deux objectifs sont notés sur le portail : « encourager les échanges entre le visiteurs du site sur les grands sujets de la société » et « fournir à tous une tribune d’expression citoyenne sur les sujets dont relève l’action gouvernementale ». Tout ceci favorise la participation numérique des citoyens à une démocratie participative. Le réseau Internet casse peu à peu les barrières entre les gouvernants et les gouvernés.

19En novembre 2014, une grande avancée se produit en matière de cyberdémocratie : le président de l’Assemblée nationale annonce que le Palais Bourbon se mettra à l’Open Data, c’est à dire à plus de transparence. Les citoyens pourront avoir accès à plus d’informations gratuitement sur l’Internet. Claude Bartolone déclare que « cette évolution technologique constitue une avancée démocratique majeure pour notre pays ». De fait, « l’ouverture des données améliore la transparence de l’action parlementaire et favorise la participation des citoyens à la vie publique »32. Au niveau local, les élus locaux utilisent les outils de la cyberdémocratie pour communiquer à propos de leurs actions et faire participer les citoyens à leur politique. Les maires ont pour objectif de soigner leur image en vue des prochaines élections, alors ils imposent une image de « profil participatif » en apparaissant comme « les médiateurs du lien social local »33. Depuis 1992, plusieurs lois ont renforcé la participation de la population à la vie locale. Par exemple, une de ces lois autorise la consultation des citoyens sur des thèmes relevant de la compétence de la commune. La loi d’août 2003 ajoute, en plus de la consultation des citoyens, le référendum décisionnel local34.

  • 35 « Étude sur La gouvernance européenne et la cyberdémocratie », p. 1, 30 janvier 2001[en ligne] http (…)

20L’Union Européenne a demandé à un groupe d’experts de faire une étude sur la « gouvernance européenne et la cyberdémocratie »35. Cette étude constate « l’encouragement des villes virtuelles et de la cyberdémocratie locale, développement des agoras et des parlements virtuels, planification du passage au vote par Internet, gouvernement électronique et mutation de l’administration, favorisent la démocratie participative ». De ce fait, les nouvelles technologies sont un enjeu important pour les maires. Elles leur permettent d’être plus proches du citoyen et ainsi de développer la démocratie participative locale.

21En 2001, Monsieur Douste-Blazy – maire de Toulouse – déclarait : « Toulouse veut être le laboratoire de la refondation citoyenne et de la démocratie participative ». Le lendemain, le député-maire de Toulouse estimait que : « aux dernières municipales, les électeurs ont jeté (sic) les maires qui n’étaient pas proches de leurs concitoyens et ils ont élu ceux qu’ils sentaient proches des gens, au-delà des étiquettes politiques »36. Les médias traditionnels comme la télévision ont très bien compris l’intérêt de la participation des citoyens : la plupart des émissions de divertissement ou de télé-réalité font participer les spectateurs à leurs émissions par les moyens technologiques de communication. Par exemple, lors de la finale de Loft story sur M6 en 2001, plus de trois millions de spectateurs ont voté pour éliminer un locataire du Loft37. La mairie de Bordeaux a bien compris l’intérêt de la cyberdémocratie pour une démocratie participative : son site permet à la mairie de communiquer directement via un chat avec les internautes. Elle communique sur différents sujets de la vie politique locale. Les séances du conseil municipal sont retransmises en direct sur le site. Depuis novembre 2010, une plate-forme sur l’Internet a été créée pour faciliter la participation des citoyens aux questions d’intérêt commun38.

  • 39 L. André, Villes et cyberculture, Sociétés, 1/ 2003 (no 79), p. 123-132.

22La démocratie participative est devenue en quelque sorte un objectif de bonne gouvernance locale, les nouvelles technologies de communication permettant de diffuser une bonne image de l’élu, proche de ses co-citoyens. André Lemos nomme « cyberville »39, la ville actuelle qui se transforme grâce aux technologies de communication et d’information.

2. Quelques exemples à l’étranger

23L’ancien conseiller fédéral Moritz Leuenberger, lors d’un débat avec le parti conservateur autrichien (OVP) à Vienne, le 25 juin 2007, déclare « que les technologies de l’information ont permis à la société civile d’être la véritable gardienne de la démocratie dans le monde entier, que les oppresseurs ne peuvent plus se retrancher derrière leurs frontières nationales, mais aussi qu’une société civile forte reliée au monde qui l’entoure grâce aux moyens de communication modernes, ne permettra plus que cela se produise »40. De ce fait en Suisse, il y a une réelle politique des nouvelles technologies d’information et de communication. L’Internet est devenu un espace incontournable pour exercer la démocratie participative. En 2013, des statistiques faites par l’Office fédéral de la statistique en Suisse (OFS) sur l’accès des ménages à Internet, ont montré que 91 % de la population ont accès à l’Internet. Ce qui est intéressant, c’est de comparer cette statistique avec les statistiques de tous les pays de l’Union européenne réunis. Le tableau de ces statistiques montre que 79 % des ménages de l’UE ont accès à l’Internet. La Suisse est donc nettement plus avancée dans la politique du développement des nouvelles technologies de communication et d’information en vue d’une démocratie participative électronique, que la majorité des États de l’UE.

24L’utilisation de la cyberdémocratie en vue d’une démocratie participative des citoyens est basée sur trois axes :

  • 41 RS 152.3, loi fédérale du 17 décembre 2004 sur la transparence.
  • 42 http://www.admin.ch/org/polit/00083/?lang=fr, [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

25Information et transparence. La loi de décembre 2004 sur le principe de transparence donne droit, aux citoyens suisses, au libre accès aux informations. La plupart des presses privées sont en accès libre (et gratuit) sur l’Internet, pour les citoyens suisses41. Les autorités de la Suisse utilisent l’Internet pour informer directement la population, sans passer par les médias traditionnels. À l’instar des autorités, le Parlement a recours aussi aux technologies d’information et de communication pour diffuser les débats en direct. La constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 est en ligne et en plusieurs langues42.

26Participation et formation de l’opinion. Quand un projet politique se met en place, il est d’abord publié sous forme virtuelle, sur l’Internet, par la Chancellerie fédérale pour pouvoir être consulté par la population et avoir son avis. Par exemple, le Canton de Vaud permet la consultation des citoyens, sur son site Internet, des différentes actualités du Canton43.

27Vote et élection par voie électronique. Cette procédure permet aux citoyens de voter via Internet. Ils ne sont donc pas obligés de se rendre dans un bureau de vote. La Suisse nomme cette procédure le e-voting44. Cette procédure est mise en place d’abord pour les Suisses de l’étranger. Mais de nombreux Cantons permettent aux électeurs suisses de voter par Internet, comme les Cantons de Genève ou de Neuchâtel.

28La Corée du Sud, dont Séoul est la capitale, compte 50,22 millions d’habitants. Elle est une république constitutionnelle. En matière de développement des technologies de l’information et de communication, elle a une politique très avancée par rapport aux États européens. En 2013, lorsque Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME et au numérique, rend visite à son pays d’origine la Corée du Sud, le journal Le Monde, titre « La Corée du Sud, pays le plus connecté au monde »45. Pour développer la cyberdémocratie, le gouvernement coréen met en place plusieurs mesures pour développer une stratégie volontariste. Ces stratégies sont étudiées par P. Levy : « implantation de centres d’accès à Internet dans les services publics ; prêts à faibles taux pour l’équipement public dans les régions rurales et les quartiers pauvres ; baisse des prix de matériel et prêt à faible taux pour les familles à bas revenus ; campagnes publiques pour récupérer et distribuer aux étudiants et familles pauvres des ordinateurs de seconde main ; formation gratuite à la navigation pour les milieux défavorisés ; multiplication des points d’accès à Internet dans les écoles »46. Toutes ces mesures favorisent le raccordement de la population à l’Internet. Selon les chiffres de Ubifrance à Séoul, le pays compte 18,9 millions d’abonnés à la fibre sur 50 millions d’habitants47. En Corée du Sud, l’Internet devient une arme pour lutter contre la pauvreté, donner une voix même aux plus pauvres, essayer de faire participer la population à la démocratie. Le gouvernement multiplie sur l’Internet les initiatives en matière de politique, pour développer le cyberespace et ainsi favoriser la démocratie participative.

II. La cyberdémocratie, un outil réellement idéal pour une démocratie participative ?

29La cyberdémocratie favorisant la démocratie participative : un mythe (A) et un mensonge (B).

A. Le mythe de la cyberdémocratie en faveur de la démocratie participative

30L’utilisation de la cyberdémocratie en faveur d’une démocratie participative montre des failles (1) et apparaît plus comme une fiction que comme une réalité (2).

1. Les failles de la cyberdémocratie en faveur de la démocratie participative

31En 2011, le European Centre for Collective Intelligence a fait une étude préliminaire sur « l’introduction à un processus de décision par l’intelligence collective en cyberdémocratie ». L’utilisation des technologies de communication et d’information pour participer à la démocratie participative, requière un certain nombre d’exigences. Les premières conditions sont de « savoir lire et écrire » et d’avoir « accès aux technologies d’informations et de communications »48. Si ces conditions ne sont pas remplies, cela exclut certains citoyens de la démocratie participative. D’après l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, en 2014 le pourcentage d’analphabètes était de 17 % de la population adulte mondiale. Soit un peu plus de 1/5 de la population mondiale (située principalement au Brésil, Inde, Chine ou encore au Nigéria) qui ne sait ni lire, ni écrire49. En France, une étude a été menée par le journal Le Monde sur l’illettrisme. Elle montre que l’illettrisme en France concerne 2,5 millions de personnes. De ce fait, il y a de fortes disparités au niveau de l’égalité de l’utilisation de la cyberdémocratie pour une démocratie participative. Une démocratie participative qui exclurait une partie de la population est-elle envisageable ? N’est-ce pas là une des fragilités de la cyberdémocratie en vue d’une démocratie participative ? La cyberdémocratie fait apparaître « la fracture sociale numérique »50 de notre société, où tous ne sont pas égaux sur l’espace Internet. Cette fracture montre un clivage dans la démocratie participative, entre d’une part les citoyens intégrés à la cyberdémocratie et d’autre part ceux qui sont, ou se sentent, exclus de la cyberdémocratie et donc de la démocratie participative.

32L’antenne du CNRS, le Correspondant Informatique et Libertés (CIL), a publié en 2014 les statistiques d’accès à l’Internet dans le monde. Seulement 41 % de la population mondiale a accès aux informations sur Internet. Ces statistiques prouvent la réelle « fracture numérique »51. Pierre Rossel et Olivier Glassey disent de la fracture numérique qu’elle est un fossé dû aux différences entre États industrialisés et États en voie de développement. Ce fossé correspond aux inégalités sociales et démocratiques dans une population donnée52.

  • 53 B. Youssef-Adel, Les quatre dimensions de la fracture numérique, Réseaux, 5/ 2004 (n° 127-128), p.  (…)
  • 54 Technologie d’information et de communication.

33Quant à Abdel Ben Youssef, en 2001 il a distingué quatre « dimensions de la fracture numérique »53. La première dimension est celle des « fractures numériques liées aux équipements en TIC »54. La mondialisation a permis le développement des TIC. Mais elle a fait apparaître un clivage entre d’une part « les connectés » qui bénéficient de tous les avantages procurés par l’Internet, que ce soit socialement ou économiquement, et d’autre part les « non connectés » qui sont exclus de l’information procurée par l’Internet, et de ce fait ne sont pas intégrés à la cyberdémocratie. L’équipement des TIC procure un avantage certain en ce qui concerne la participation sociale ou économique. Committed to connecting the world a fait des statistiques dans le monde entier sur les TIC. Une de ces statistiques, datée de 2012, affiche que 94 % de la population de la Suède a un ordinateur personnel, alors que seulement 5 % de la population du Kenya en a un.

34La deuxième dimension est celle des « fractures numériques liées aux usages des TIC ». Cette fracture est la conséquence de la première fracture. En effet le fait de ne pas avoir assez d’équipement TIC, entraîne le manque d’individus compétents dans l’utilisation de ces TIC. Cette méconnaissance entraîne à son tour le non développement de la culture, et le non développement économique puisque le pays n’a pas accès au marché universel.

35La troisième dimension est celle des « fractures numériques sous l’angle des performances induites par l’usage des TIC ». Cette fracture concerne d’une part les individus et les inégalités de salaires entre travailleurs. Les TIC ont accéléré le fossé des inégalités de salaire d’autre part, le niveau concernant les performances macro-économiques des États. En 1990, l’utilisation des TIC au niveau économique s’est accélérée, notamment sous l’impulsion des USA. Les pays du sud ont commencé à copier les procédés des pays du nord grâce aux TIC, sans respecter les droits de propriété intellectuelle et donc sans redevances (royalties). Les pays du nord ont donc commencé à incorporer des connaissances de plus en plus complexes dans l’utilisation des TIC, obligeant l’emploi de travailleurs qualifiés. Or, les pays du sud (les pays en voie de développement) n’ont pas de travailleurs qualifiés dans l’utilisation des TIC.

36La quatrième dimension est celle des « fractures numériques liées aux processus d’apprentissage des TIC ». Il y a une inégalité au niveau des capacités à apprendre et à utiliser les TIC. La cyberdémocratie fait apparaître encore plus les écarts entre les sociétés et les individus sur leur niveau d’instruction et les modalités d’apprentissage. La conséquence en est l’intégration, ou non, à l’espace virtuel de la démocratie participative.

  • 55 Ph. Ségur, L’individu face à l’action publique, Cours de Master 1 Administration publique, Universi (…)

37L’impact des fractures numériques agrandit encore plus le fossé des inégalités entre les sociétés et les individus. Il fait apparaître une frontière. D’un côté de cette frontière, se trouvent les internautes connectés sur l’espace numérique, qui ont accès aux informations et peuvent échanger, débattre et de ce fait participer à la démocratie participative. De l’autre côté de la frontière, se trouvent les non connectés, ceux qui n’ont pas accès aux avantages que procure Internet et sont de ce fait exclus de la cyberdémocratie. Ceci rappelle la démocratie à Athènes, dans laquelle seule une petite partie de la population avait accès à la démocratie sur la place de « l’Ecclésia ». Les femmes, les métèques, les esclaves, les citoyens pauvres n’avaient pas accès à cette démocratie. Seulement 10 % de la population avait le privilège d’y participer55.

2. La fiction de la cyberdémocratie en faveur de la démocratie participative

  • 56 H. Rheingold, The Virtual community. Homesteading on the Electronic frontier, Harper Parennial, New (…)
  • 57 R. Oldenburg, The great good place, Marlowe and CO, 3rd Revised edition, 28 juillet 1999, p. 336.
  • 58 M. Poster Cyberdemocracy: The Internet and the Public Sphere, David Holmes, Virtual Politics, Ident (…)

38En 1994, le journaliste Howard Rheingold publie un livre sur les nouvelles technologies. Il compare Internet à « l’espace public habermassien »56 – un espace capable de revitaliser la démocratie. Ray Oldenbourg, professeur de sociologie urbaine en Floride, publie en 1999 un livre dans lequel il qualifie l’Internet de « troisième place ». Cette « troisième place »57 est importante pour la société civile, la démocratie et l’engagement civique. Mais rapidement, des études prouvent que le cyberespace est un lieu d’accès pour les insultes, les extrémistes : tout ce qui ne se dit pas dans l’espace public est dit ouvertement sur l’espace numérique. Pour Mark Poster, la participation aux débats ne correspond pas à un débat sur l’espace public car il n’y a aucune argumentation, chaque internaute reste sur sa position. De plus, chaque internaute utilisant une fausse identité, un pseudonyme qu’il peut changer quand il veut, le débat ne peut être démocratique58. Sur l’espace public, l’individu n’a qu’une seule identité, une opinion propre qui peut changer au gré des arguments avancés par les autres. Sur l’espace virtuel, l’internaute peut avoir plusieurs identités, plusieurs avis qu’il va défendre sans argumentation.

39Le cyberespace peut offrir aux extrémistes un lieu d’échange et de propagande de leurs idées. L’anonymat leur permet de se cacher des autorités publiques. L’espace numérique apparaît comme un lieu de publicité pour les idées extrêmes. Par exemple, Al-Quaïda utilise des pseudonymes sur cet espace pour diffuser ses vidéos et ainsi distiller la peur. Lors des attentats de Charlie Hebdo et du magasin Hyper Cacher, l’un des terroristes – Coulibaly – est apparu le lendemain de sa mort sur une vidéo de revendication. Selon le journal Le Monde, la vidéo a été postée sur la plateforme américaine « www.archive.org  », sous le pseudonyme du « Soldat du Califat »59. Aucune autorité n’a pu identifier l’auteur de la diffusion de la vidéo car il a utilisé un procédé pour cacher son identité numérique : il a faussé son adresse Internet Protocol (IP)60. La cyberdémocratie est aussi l’espace privilégié des extrémismes puisqu’il n’y a pas de modération, ni de droit d’entrée. Le message envoyé peut toucher le monde entier.

40L’objectif du gouvernement français sur la cyberdémocratie est de mettre en place des mesures de transparence. Une bonne transparence sur la vie politique engage réellement une démocratie participative. C’est pourquoi les déclarations de patrimoine des élus61 sont affichées sur la toile numérique, chaque citoyen peut aller les consulter. « Mais ces mesures du gouvernement sur la transparence servent-elle réellement la démocratie participative62 » ? Connaître le nombre de propriétés de son élu n’a jamais fait progresser la démocratie participative. T. Vedel parle de « mythe de la transparence »63. Si l’Internet ne lève pas les obstacles de la fracture numérique vue précédemment, même dans un pays développé comme la France, il peut y avoir des inégalités d’accès à l’information et de compréhension. Laure de Raudière, députée UMP, tweete64 par exemple ce message : « je défie quiconque n’est pas assistant parlementaire de trouver la loi Paquet Télécom sur le site de l’Assemblée nationale. Ce n’est pas normal, tout citoyen devrait pouvoir trouver facilement un texte de loi en cours d’examen »65.

  • 66 T. Vedel, L’idée de démocratie électronique, origines, visions, questions, paru dans Le désenchante (…)
  • 67 J. Leca, Pour(quoi) la philosophie politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2001.
  • 68 T. Vedel, La démocratie électronique en question, Analyses, 2007, p. 42.

41Pour arriver à une réelle démocratie participative sur l’Internet, il faudrait un réaménagement des rapports entre l’État et les citoyens sur l’espace numérique. Pour T. Vedel, l’État s’oppose à ce réaménagement pour mieux agir sur la société : pour arriver à ce contrôle, l’État devient « une machine complexe » et il est difficile pour le citoyen d’intervenir dessus66. Cette complexité de l’État entre en contradiction avec la recherche sur l’espace numérique d’une démocratie participative. Seuls les spécialistes peuvent comprendre la complexité de l’État. Jean Leca, en 2001, écrit que la transparence de l’action publique est une vision naïve67. T. Vedel résume l’idée de Leca en une phrase : « jouer de l’ombre et de la lumière a été de tout temps un moyen de l’action politique, et peut-être encore plus aujourd’hui dans des sociétés où les médias exercent un empire important »68.

42La cyberdémocratie peut servir non pas à la démocratie participative, mais aux États ou aux individus dans le vol des informations ou dans la surveillance de la population mondiale. Edward Snowden, ancien informaticien de la NSA69, révèle en juillet 2013 l’existence de l’outil Prism. C’est un système dont l’objectif est la surveillance de milliers d’ordinateurs dans le monde, au nom de la sécurité intérieure. Snowden divulgue des éléments montrant que les États-Unis auraient également espionné les dirigeants européens. Le 10 septembre 2013, lors d’un rassemblement organisé à Paris par Amnesty International pour la journée internationale des Droits de l’Homme, Edward Snowden donne sa première conférence en France, via la visioconférence. Il déclare que « la surveillance de masse est pratiquée dans tous les pays »70. Ainsi, le cyberespace est le lieu de la peur, de la surveillance. Les informations volées dans ce lieu sont devenues des éléments de pression pour le voleur.

B. La cyberdémocratie favorisant la démocratie participative : un mensonge

43La cyberdémocratie apparaît à certains auteurs comme un danger pour la démocratie (1), pouvant être utilisée comme un outil de contre-démocratie (2).

1. La cyberdémocratie, un danger pour la démocratie participative

44« Nous voyons ce que nous voulons voir, entendre seulement ce que nous voulons entendre, lire seulement ce que nous voulons lire »71. C’est une phrase de Cass R. Sunstein, juriste et philosophe américain, en 2001 dans son œuvre Républic.com. Il s’y demande si Internet est bon pour la démocratie ? Effectivement, qui dit démocratie dit débat contradictoire, rencontre entre les citoyens qui n’ont pas tous la même opinion. Sur le Web, la différence fait fuir, l’internaute peut changer de page web comme il change de chemise. C’est lui qui choisit les idées sur lesquelles il veut débattre, et avec qui débattre. S’il a des idées proches du nazisme, il trouvera facilement des pages web ou des forums de groupes d’internautes qui ont la même opinion que lui. Il est très facile de trouver sur Internet un forum de discussion faisant l’apologie du nazisme72. Il suffit de taper les mots « forum pour le nazisme » sur Google pour tomber sur un forum de discussion pour ados sur le nazisme et Hitler. La plupart des internautes de ce forum sont pour un retour du nazisme. De ce fait, c’est l’internaute qui décide avec qui il veut échanger. Il se regroupe par affinité avec d’autres internautes qui ont la même opinion que lui. Et dans ce sens, comme dit Benjamin Barber « le web nous dépolitise ! »73. Aucun avis contraire n’existe.

  • 74 J. L. Missika, La fin de la télévision, Seuil, 2006, p. 15.

45Jean-Louis Missika, sociologue des médias, analyse le phénomène Internet. Il parle de « multiplication des mondes propres »74. Pour lui, l’Internet donne l’illusion d’échanger avec différentes opinions, différentes personnes. Mais c’est juste une utopie, car les internautes se parlent surtout à eux-mêmes. L’Internet fait disparaître le débat contradictoire. Si un internaute met un commentaire contraire à l’opinion des autres internautes sur la page web, il se fera insulter, aucun argument rationnel ne sera utilisé dans la discussion. On préférera l’exclure plutôt qu’essayer de comprendre son opinion.

  • 75 Fichier texte particulier dont le contenu est produit automatiquement en fonction des mises à jour (…)
  • 76 P. Flichy, « Internet, un outil de la démocratie ? », 2008, op.cit.
  • 77 C. Sunstein, op.cit.
  • 78 Ibid.
  • 79 E. Morozov, To Save Everything, Click Here: The Folly of Technological Solutionism, Hardcover, 2013 (…)

46La cyberdémocratie offre même la possibilité aux internautes de choisir les actualités qu’ils veulent suivre. Le Flux RSS permet au citoyen de paramétrer les informations qu’il veut recevoir et d’actualiser ces informations75. Il peut ainsi concevoir son propre monde virtuellement, faire sa propre actualité, et n’avoir ainsi qu’une seule pensée : la sienne ! L’intérêt général disparaît au profit de l’intérêt individuel. Sur le cyberespace, le citoyen devient un client consommateur qui choisit l’opinion qu’il veut suivre ou la nouvelle qu’il veut avoir. Sur le web le citoyen est le maître car c’est lui qui décide de ce qu’il veut consommer ou filtrer76. Cass Sunstein analyse l’Internet comme un danger pour la démocratie où le citoyen devient égocentrique, replié sur lui-même77. Il met en garde contre les « cocons de l’information » et les « écho chambres »78 où les gens évitent les nouvelles et les opinions qu’ils ne veulent pas voir et de ce fait vivent dans un monde imaginaire, inventé par eux. La cyberdémocratie favorise le « web centrisme »79, une notion développée par Evgeny Morov dans son livre Pour tout sauver cliquez ici ! : l’internaute vit dans son monde et sa croyance principale est qu’Internet est à la fois le progrès et la solution à tous les problèmes.

2. La cyberdémocratie favorise une « contre-démocratie » selon Rosanvallon

47Le 4 octobre 2014 à 3 h 20, Manuel Valls, sur son twitter, poste le message suivant : « je souhaite porter, avec vous tous, une véritable ambition pour le numérique. La parole est à vous ! »80. Il poste ce message pour faire la publicité du site contribuez.cnnumerique.fr. Ce site annonce que le gouvernement souhaite davantage concerter les citoyens sur les enjeux sociétaux et économiques liés aux transformations numériques. Ainsi, le numérique va devenir une interface de communication entre le citoyen et le gouvernement. Le Conseil national du numérique81 contrôlera les avis et les recommandations sur les questions relatives à l’impact du numérique sur la société et sur l’économie. C’est donc un contrôle subjectif : si l’avis ne plaît pas, il ne pourra pas être lu par les autres internautes.

48Tangui Morlier, cofondateur de l’association « Regards citoyens » et créateur du site www.nosdeputes.fr, estime que « sur le site de l’Assemblée nationale, tout citoyen est invité à donner son opinion sur les études d’impact. Mais comme l’institution ne veut pas héberger des points de vue qui pourraient être litigieux, elle ne les met pas à disposition. Le citoyen peut contribuer, mais sa contribution n’est pas visible, et il ne sait pas ce qu’on en fait »82. Cette absence de retour sur la contribution des citoyens est une manipulation du citoyen, car on lui fait croire qu’il peut participer au débat, contacter les élus. Mais comme il n’a aucun retour, c’est comme si son avis ne comptait pas. Ne jamais savoir si son message a été lu, ou même reçu n’est pas très encourageant pour inciter le citoyen à vouloir participer au débat. C’est donc une utopie de croire à la démocratie participative. La cyberdémocratie n’est pas une démocratie participative mais plus une « contre-démocratie »83. Pierre Rosanvallon englobe dans cette notion l’ensemble des instruments qui affaiblissent la démocratie. Les technologies de l’information et de communication révèlent la distance réelle qui sépare les gouvernants des gouvernés. L’Internet apparaît comme un outil qui permet la prise de parole, mais cette prise de parole est individuelle et organisée de façon à ne pas être entendue. Cette prise de parole n’a pas de réelle influence sur la prise de décision des gouvernants. La cyberdémocratie devrait favoriser le débat ? Qui dit débat dit confrontation des idées. Or le cyberespace est un lieu échappatoire du débat. Et chaque internaute reste sur sa position. L’Internet serait un lieu de rassemblement ? Le cyberespace apparaît comme un lieu de division, un lieu d’insultes où l’étranger aux idées du groupe n’est pas accepté, pas écouté et rejeté.

49De plus, les débats lancés ne sont connus que par certains, c’est à dire les internautes désirant y participer. Toute une partie de la population est donc mise à l’écart. Et pour entrer dans la démocratie participative sur l’Internet, il faut payer un droit d’entrée, et donc encore une fois, une sélection se fait. Le critère de participation à la démocratie n’est pas d’avoir l’âge requis ou la nationalité adéquate, c’est un tout autre critère : le critère financier ! Seuls les individus qui ont les moyens d’acheter les technologies d’information et de communication, et en plus de payer un abonnement pour pouvoir avoir accès à l’Internet, ont la capacité de participer à la démocratie numérique.

50Pierre Rosanvallon, dans un entretien avec le journal Le Monde 84, explique que les nouvelles technologies de l’information et de communication renforcent la défiance entre les citoyens et les gouvernants. La mondialisation a fait entrer le citoyen dans un monde « plus incertain », « plus mobile », « plus diffus » donc plus « inquiétant ». De ce fait, c’est bien la démocratie qui en pâtit le plus.

Notes

1 M. C. Roques-Bonnet, Internet, machine à voter et démocratie, L’Harmattan, 2011, p. 142.

2 Recommandation CM/Rec (2009).

3 P. Levy, Cyberdémocratie, Odile Jacob, 7 janvier 2002, p. 36.

4 Ibid., p. 29.

5 P. Flichy, « Internet, un outil de la démocratie ? », La Vie des idées, 2105-3030, 14 janvier 2008 [en ligne] http://www.laviedesidees.fr/Internet-un-outil-de-la-democratie.html (consulté le 11 février 2015)

6 Dictionnaire Le nouveau Petit Robert, Le Robert, 2009, p. 671.

7 Ibid., p. 671.

8 C. Polère, Démocratie : de quoi parle-t-on ?, Millénaire, Le Centre Ressources prospectives du grand Lyon, avril 2007, p. 2.

9 M. Gauchet, L’avènement de la démocratie, Gallimard, 2007, p. 12.

10 A. Delcamp, Nouvelles questions sur la démocratie, Dalloz, 2010, p. 67.

11 E. Forey et C. Geslot, Internet, machines à voter et démocratie, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 7.

12 B. Loveluck, « Internet, vers la démocratie radicale ? », Le Débat, 2008/4 n° 151, p. 150-166.

13 P. Flichy, « Internet et le débat démocratique », Réseaux, 2008/4 n° 150, p. 159-185.

14 M. Cartier, Les groupes d’intérêts et les collectivités locales : Une interface entre le citoyen et l’État, L’Harmattan, Québec, 2002, p. 40.

15 M. C. Roques-Bonnet, Internet, machine à voter et démocratie, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 141.

16 W. Gibson, Burning Chrome, Omni, 1982, p. 53.

17 P. Flichy,« Internet, un outil de la démocratie ? », 2008, op.cit.

18 R. Howard, Les communautés virtuelles, Addison-Wesley, France, 1995, p. 6.

19 P. Flichy, Internet et le débat démocratique, op.cit. p. 258.

20 B. Manin, Principes du gouvernement représentatif, Champ Flammarion, 1996, p. 259.

21 Ibid., p. 299.

22 E. Forey, Nouvelles questions sur la démocratie, Dalloz, 2010, p. 88.

23 http://www.vie-publique.fr [en ligne] (consulté le 11 février 2015).

24 T. Vedel, Political Communication in the Age of the Internet, Political Communication in a New Era, London, 2003, p. 41-59.

25 L. Allard, MediaMorphoses, n° 21, Armand Colin/INA, septembre 2007 [en ligne] http://documents.irevues.inist.fr/handle/2042/23355 (consulté le 11 février 2015).

26 http://www.dailymotion.com/group/questions#video=x8tdhi, [en ligne] (consulté le 11 février 2015).

27 « Barack Obama, un véritable président high-tech », http://www.lepoint.fr, 6 novembre 2008, [en ligne] (consulté le 11 février 2015).

28 « L’e démocratie, lien d’Obama avec ses concitoyens », Libération, 27 mars 2009, p. 7.

29 B. Amor-Samy, G. Lucia, L’identité numérique, Les Cahiers du numérique, 1/ 2011 (Vol. 7), p. 103-115, [en ligne] http://www.cairn.info/revue-les-cahiers-du-numerique-2011-1-page-103.htm, (consulté le 11 février 2015).

30 http://www.gouvernement.fr/action/le-numerique-instrument-de-la-transformation-de-l-etat, [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

31 http://www.bordeaux.fr/p64007/bordeaux-debats [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

32 http://www.franceculture.fr/2014-11-13-l-assemblee-nationale-va-ouvrir-ses-donnees, [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

33 C. Prémat, L’usage des nouvelles technologies par les maires français, Bordeaux, vol 11, n° 1, p. 65, http://www.commposite.org, [en ligne] (consulté le 14 février 2015).

34 Loi n° 2003-705 du 2 août sur le référendum local décisionnel.

35 « Étude sur La gouvernance européenne et la cyberdémocratie », p. 1, 30 janvier 2001[en ligne] http://www.youscribe.com/catalogue/tous/actualite-et-debat-de-societe/etude-sur-la-gouvernance-eu-ropeenne-et-la-cyberdémocratie-535688 (consulté le 13 février 2015).

36 http://www.ladepeche.fr/article/2001/05/12/175492-la-democratie-de-proximite-remede-contre-la-mefiance-politique.html, [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

37 http://www.ladepeche.fr/article/2001/05/12/175492-la-democratie-de-proximite-remede-contre-la-mefiance-politique.html, [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

38 http://jeparticipe.bordeaux.fr/, [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

39 L. André, Villes et cyberculture, Sociétés, 1/ 2003 (no 79), p. 123-132.

40 http://www.moritzleuenberger.net/index.php/reden/reden-2007/wozu-brauchen-wir-parteien/, [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

41 RS 152.3, loi fédérale du 17 décembre 2004 sur la transparence.

42 http://www.admin.ch/org/polit/00083/?lang=fr, [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

43 http://www.vd.ch/actualite/consultations/, [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

44 https://www.ch.ch/fr/e-voting/, [en ligne] (consulté le 13 février 2015).

45 http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/03/25/la-coree-du-sud-pays-le-plus-connecte-au-monde_1853902_3234.html, [en ligne] (consulté le 15 février 2015).

46 P. Levy, Cyberdémocratie, Odile Jacob, 7 janvier 2002, p. 146-148.

47 http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/03/25/la-coree-du-sud-pays-le-plus-connecte-au-monde_1853902_3234.html, [en ligne] (consulté le 15 février 2015).

48 http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/03/25/la-coree-du-sud-pays-le-plus-connecte-au-monde_1853902_3234.html, [en ligne] (consulté le 15 février 2015).

49 http://www.unesco.org/new/fr/education/themes/education-building-blocks/literacy/resources/statistics/,

[en ligne]

(consulté le 15 février 2015).

50 L. Vodoz, « Fracture numérique, fracture sociale : aux frontières de l’intégration et de l’exclusion », Sociologies, Dossier Frontières sociales, frontières culturelles, frontières techniques, 27 décembre 2010 [en ligne] http://sociologies.revues.org/3333 (consulté le 16 février 2015).

51 http://www.cil.cnrs.fr/CIL/spip.php?article2572, [en ligne] (consulté le 16 février 2015).

52 P. Rossel et O. Glassey, « La fracture digitale dans les pays du sud et les pistes possibles de sa remédiation » [en ligne] http://cooperation.epfl.ch/files/content/sites/cooperation/files/shared/publications/cahiers/Cah%20coop%201-Rossel-Glassey%20.pdf (consulté le 16 février 2015).

53 B. Youssef-Adel, Les quatre dimensions de la fracture numérique, Réseaux, 5/ 2004 (n° 127-128), p. 181-209, [en ligne] https://www.cairn.info/revue-reseaux1-2004-5-page-181.htm (consulté le 16 février 2015).

54 Technologie d’information et de communication.

55 Ph. Ségur, L’individu face à l’action publique, Cours de Master 1 Administration publique, Université de Perpignan Via Domitia, 2015, notes personnelles.

56 H. Rheingold, The Virtual community. Homesteading on the Electronic frontier, Harper Parennial, New York, 1994, p. 21.

57 R. Oldenburg, The great good place, Marlowe and CO, 3rd Revised edition, 28 juillet 1999, p. 336.

58 M. Poster Cyberdemocracy: The Internet and the Public Sphere, David Holmes, Virtual Politics, Identity and Community in Cyberspace, Sage, Londres, 1997, p. 212-228.

59 http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/02/17/de-la-realisation-a-la-mise-en-ligne-itineraire-de-la-video-de-coulibaly_4578131_3224.html, [en ligne] (consulté le 17 février 2015).

60 Internet Protocol est « une adresse attribuée à toutes les machines utilisant une connexion Internet », [en ligne] http://www.linternaute.com/dictionnaire/fr/definition/adresse-ip/ (consulté le 17 février 2015).

61 http://www.hatvp.fr/consulter-les-declarations/, [en ligne] (consulté le 17 février 2015).

62 https://www.regardscitoyens.org/la-transparence-democratique-nest-pas-la-transparence-totale-nos-10-propositions-pour-des-mesures-concretes-et-non-gadgets/, [en ligne] (consulté le 17 février 2015).

63 T. Vedel, L’idée de démocratie électronique origines, visions, questions, paru dans Le désenchantement démocratique, Aube, 2003, p. 12.

64 Un tweet est un court message publié sur une plate-forme qui est twitter.

65 http://www.lesinrocks.com/2011/03/06/medias/Internet/la-cyberdémocratie-un-ideal-qui-se-fait-attendre-1118906/, [en ligne] (consulté le 17 février 2015).

66 T. Vedel, L’idée de démocratie électronique, origines, visions, questions, paru dans Le désenchantement démocratique, Editions de l’Aube, 2003, p. 8, [en ligne] http://www.researchgate.net/profile/ Thierry_Vedel/publication/237750289_L %27IDEE_DE_DEMOCRATIE_ELECTRONIQUE_ORIGINES_VI-SIONS_QUESTIONS/links/00b4952e137dd3183e000000.pdf (consulté le 18 février 2015).

67 J. Leca, Pour(quoi) la philosophie politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2001.

68 T. Vedel, La démocratie électronique en question, Analyses, 2007, p. 42.

69 National Security Agency.

70 http://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/12/10/suivez-en-direct-la-premiere-intervention-d-edward-snowden-en-france_4537750_4408996.html, [en ligne] (consulté le 17 février 2015).

71 C. Sunstein, Républic.com, 2001 [en ligne] http://press.princeton.edu/chapters/s7014.html (consulté le 18 février 2001).

72 http://forum.ados.fr/actu/discussions/hitler-nazisme-sujet_34481_1.htm, [en ligne] (consulté le 18 février 2015).

73 http://www.cles.com/enquetes/article/une-democratie-mondiale-l-horizon/page/0/1, [en ligne] (consulté le 18 février 2015).

74 J. L. Missika, La fin de la télévision, Seuil, 2006, p. 15.

75 Fichier texte particulier dont le contenu est produit automatiquement en fonction des mises à jour d’un site web.

76 P. Flichy, « Internet, un outil de la démocratie ? », 2008, op.cit.

77 C. Sunstein, op.cit.

78 Ibid.

79 E. Morozov, To Save Everything, Click Here: The Folly of Technological Solutionism, Hardcover, 2013, p. 16.

80 https://twitter.com/manuelvalls/status/518344831056498688, [en ligne] (consulté le 19 février 2015).

81 Organisme consultatif indépendant chargé des questions posées par le développement du numérique, [en ligne] http://www.cnnumerique.fr/ (consulté le 19 février 2015).

82 http://www.lesinrocks.com/2011/03/06/medias/Internet/la-cyberdémocratie-un-ideal-qui-se-fait-attendre-1118906/, [en ligne] (consulté le 19 février 2015).

83 P. Rosanvallon, La contre-démocratie, Seuil, 2006, p. 2.

84 http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/09/20/le-pouvoir-contre-l-interet-general_1413562_3232.html, [ en ligne ] (consulté le 23 février 2015).

Auteur

Jocelyn Ziegler

© Presses universitaires de Perpignan, 2016

Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540La recomposition de l’espace public et de l’espace privé Un renouvellement du système représentatif ? Les partis pirates

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OpenEdition Books > Presses universitaires de Perpignan > Études > L’Internet et la démocratie numér… > Cyberdémocratie et démocratie par… Ce site utilise des cookies et collecte des informations personnelles vous concernant.
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é des années 1990, et jusqu’aux premières années 2000, lesite web évoluait cependant versun véritable lieu d’informationmultimédia (écrit, image statique et, un peu plus tard,vidéo). Les principaux modèles de référence pour concevoir et réaliser un site web étaient les centres de documentation, les archives et les bibliothèques,les magazines et journaux de la presse écrite ou encore les catalogues tels qu’ils sont en usage dans l’écosystème de la communication commerciale. On a vu émerger les premiers sites portail (institutionnels, culturels, …), les premières mises-en-ligne sous forme d’«archives numériques», les premiers sites intrinsèquement dynamiques nourris de bases de données, les premiers sites commerciaux sous forme de «vitrines» ou de «boutiques» en ligne, les premiers sites d’édition en ligne ou encore les premiers sites de médias classiques (presse écrite, TV, …).Les sites du «web 1» (= nom donné à posteriori à cette courte époque dans l’histoire du web) étaient et sont toujours compris comme des points(des régions) sur la médiasphère du web fournissant un accèsà une gigantesque bibliothèque mondialed’informations et de connaissances. Cependant le rôle de l’usagerdu site restait encore relativement limité à deux activités principales, à savoir:1.l’activité de l’exploration d’une page, d’une rubrique de pages ou encore d’un fonds de données composant un site web, et,2.l’activité de la lecture/de l’appropriationdes informations fournies sur un site. Dans la deuxième moitié des années 2000, (c’est-à-dire grosso modo à partir de 2005), le site web subissaientdes transformations importantes et devenaitprogressivement un lieu:1.d’interaction sociale, 2.de référence culturelle,3.personnalisable,4.«intelligent».En tant que lieu d’interaction sociale, le site web devenaitprogressivement un lieu de communication et d’interaction entreacteurs formantdes communautésvirtuellesles plus diverses: communautés de travail; communautés de pratiques, communautés de style de vie, communautés de valeurs et de croyances, etc.3En servant de repère à un nombre plus ou moins important d’acteurs (de personnes, de groupes, …), le site n’était plus seulementun simple lieu neutredans la médiasphère numérique du web mais formaitbien une référence culturellese fondantsur un sens communet une axiologie, des valeurs, des normes, unlangage, etc. Les exemples les plus parlants ici sont, d’une part les SaaS4de type plateformes du web 2(tels que Facebook, YouTube, Twitter ou Instagram) ainsi que les myriades de sites et blogs créés à l’aide de ces plateformes qui attirent parfois 3Cf. à ce propos l’étude très documentée de Sébastien Rouquette consacrée à une radioscopie de l’Internaute et du rapport entre les attentes/intérêts de l’internaute et le site web comme un lieu de prestations (Rouquette 2009)4SaaS = «Software As A Service»10des dizaines de milliers, voire dans certains cas, des millions d’individus pour en faire des communautés virtuelles. En tant que lieu adaptableet personnalisablela structure, l’organisation du site webcommençait às’adapteraux souhaits, besoins ou désirs de ses utilisateurs, de ses parties prenantes. Il commençait à prendredes alluresparticulières en fonction detelle ou telle catégorie du public visé. Ainsi, par exemple,un portail corporatepeuten principe s’adapter aux différents «cibles» qui forment le public de son écosystème de communication: personnel interne, clients, partenaires économiques et financiers, médias, pouvoir public, etc. Il peut également tenir compte, dans son organisation, du fait que son publicest formé de groupes sociaux à profils linguistiques et culturels différents. L’adaptation d’un site web non seulement joue au niveau de l’expression –du design visuel lato sensu(i.e. incluant toutes les modalités de perception de la surface d’un site)–mais aussi au niveau du design du contenudu site. Enfin, depuis quelques années(depuis environ 2013, 2014), on constatel’arrivée d’un nouveau type de sites web qui se base essentiellement sur l’exploitationde données numériquesde toutes sortes (etpas seulement textuelles). Ces sites tirent profit des avancées dans le traitement et l’analyse des données soit dans une optique statistique et probabiliste qui prévaut dans la science des données, soit dans une optique symbolique et sémantique qui domine dans le web des données («linked data» en anglais). C’est dans ce sens que l’on commence à parler, d’une manière encore fort métaphorique, desitesweb intelligents. Ainsi certains sites offrent des prestations qui font appel aux potentialités, par exemple, du «deep learning» (exemples: reconnaissance d’images, de la parole; traducteurs automatiques, …); d’autres sites offrent des prestations qui reposentsur les potentialités du web sémantique(exemple: moteurs sémantiques de recherche, filtrage sémantique de données, collecte et restitution sémantiques de données, …).Nous assistons aujourd’hui à un renouvellement profond de la médiasphère numérique des années 90/début 2000 –médiasphère numérique caractérisé par la place dominante des médias sociaux et par l’arrivée des sites dont les prestations font appel aux techniques de la science des donnéeset/ou du web des données.Le point importantqu’il faut retenir ici est que tout site webpeu importe s’il relève de la génération du web 1, du web 2 ou encore du web 3 qui est en train d’émerger constitue pour sonécosystème de communication une solutionplus ou moins réussie, toujours perfectibleà une classe donnée de problèmes. 4) Le site web compris comme une institution (numérique)Essayons donc de comprendre maintenant d’une manière générale la structure, l’organisation d’un site webet comment cette structure peut être 11rapprochée à celle de l’institution au sens d’un modèle de référence qui sert de solution pour une classe donnée de problèmes et qui s’instancie dans des standards (des normes et des règles), des pratiques, de rôles, d’artefacts, de lieux, … réservés, dédiés.L’étymologie du terme siteremonte à l’expression latine situs. Cette expression signifie d’une partlieu, emplacementetd’autre partpaysage(i.e. structure, relief perceptif)qui exprime, qui met en scène un (éventuel) sens particulier, une (éventuelle) valeur particulière du site pour un acteur(social).Ces deux significations–d’une part lieu, emplacement, d’autre part structure, relief perceptif-thématisentd’une manière assez allusive les troisconstituants principauxde tout site web –et d’une manière plus générale –de tout texte: 1.L’éventuelsens, l’éventuellevaleur (intérêtpratique, plaisir, etc.) d’unsite(et d’un texte en général)pour un acteur (social);2.la mise en scène, l’expressionperceptive (et pas seulement visuelle!)de ce senséventuel, de cette valeuréventuelle;3.le medium ou le média, i.e. le lieu,l’emplacement du sens mis en scène et exprimé sous forme visuelle, acoustique ou autre.Le contenu(et, pour son utilisateur, le sens, la valeur) d’un site consiste plus précisément en une ou un ensemble de prestations(ou de «services») –notion que j’ai utilisé dans mon livre en 20055consacré à l’analyse sémiotique de sites web. (figure 1: Capture site Air France)Pour prendre un exemple très simple: comme beaucoup d’autres sites commerciaux, le site d’Air France offre à ses clients (potentielset réels) la possibilité de créer uncomptequi est une version personnalisée des prestations fournies par le site d’Air France (figure 1). Le propriétaire d’un compte peut ainsi se renseigner sur les vols de lacompagnie, acquérir un billet de transport,gérer ses réservations, procéder à l’enregistrement en ligne, obtenir desbonus commerciaux(des «miles»), bénéficier d’offres promotionnelles, se faire conseiller par Air Francepour organiser un séjour, et ainsi de suite.5Cf. Stockinger, Peter: Les sites web. Conception, description et évaluation. Paris, Hermès –Lavoisier 200512Toutes ces activitésforment ensemble une configuration(un réseau)de prestationsqui caractérisel’espace sémantique et l’univers de discours de l’offre commerciale d’Air France sur ce site. Le site, lui, est fonctionnellement spécialisé, forme une «boutique (personnalisable) en ligne» et répond ainsi aux contraintes qui sont propres àl’écosystème de la communication commerciale.Structurellement parlant, il en va de même pour tout autre site. Prenons l’exemple du portail de la BnF ou celui d’un site universitaire, par exemple celui de l’Inalco. (figure 2: Capturebandeausite BnF)Sans évidemment pouvoir faire ici une analyse quelque peu systématique, un simple regard sur le portailde la BnF (figure 2) nous montre qu’il propose, entre autres,une série de prestations (d’apprentissage, de sensibilisation, de lecture) pour toute personne intéressée en son patrimoine culturel. Il propose également une série de prestations dédiées aux professionnels de la bibliothéconomie autour des pratiques et enjeux du catalogage et de l’indexation dans un environnement numérique. Et, enfin, il propose des prestations en directionde catégories de publics circonscrites –enseignants, journalistes, éditeurs, mécènes, etc. Cette configuration complexe, ceréseau de prestations caractérisede nouveau l’espace sémantique et l’univers du discours del’offrecorporatede la BnF. Elle qualifié simultanément la BnF dans son double rôle: celui d’être une institution patrimoniale désireuse de diffuser et de rendre accessible l’héritage culturel français et celui d’être un acteur de référence dans le domaine des bibliothèques numériques.(figure 3: Capture bandeau site INALCO)Si l’on considère lesite de l’INALCO, onvoit que ce dernier organise son «territoire» son univers sémantiqueautour d’une série de prestations en direction des étudiants actuels et futurs (formations, cours, recherche, personnel enseignant, etc.). Et on voit apparaître –timidement,mais tout de même –de nouvelles séries de prestations qui montrent que l’institution «université» évolue/doit évoluer (tant bien que mal) dans un environnement concurrentiel et «libéralisé» l’obligeant às’inventer une nouvelle culture institutionnelle pour séduire de nouveaux publics tels que mécènes, sponsors,journalistes ou encore «gens d’influence» de toutes sortes. 13Je ne prétends évidemment pas faire ici des analyses plus approfondies des prestationset des réseaux de prestationsqui caractérisentun site web. Néanmoins, je pense que l’on gagne en compréhension à la fois théorique,méthodologique etpratique si on considère l’objet site –comme tout objet «texte» en général –dans une perspective «institutionnelle»à savoir…:… comme une«solution»(plus ou moins optimale) à une classe plus ou moins bien définie de problèmesqui se posent à un acteur social(à une personne, à un groupe social,àune communauté, à une organisation, etc.).Unsite web,et d’une manière plus générale tout texte en tant qu’instrument, en tant qu’outil de communication, d’échange, de partage (d’informations, de messages, de services, etc.),encapsule une ou un réseau de prestations que sont des solutions attendues dansl’écosystème dont le site ou le texte fait partie, pour lequel il a été conçu, réalisé et utilisé. C’est dans ce sens, que le site web est une institution –comme l’est le texte ou encore, pour citer Saussure, la langue.5) La notion de «prestation»En quelques mots et d’une manière vraiment très condensée, je voudrais énumérer quelques idées etpropositionsen m’appuyant sur la notion,à mon avis,centrale de la prestationpour clarifier, voire opérationnaliser cette visiondu texte en tant qu’institution:1)Une «prestation» est uneforme, un genre depratiquesstandardisées(i.e. «normée» explicitement ou par la tradition, par l’expérience). En d’autres termes –et en me référant à des auteurs tels queMichel de Certeau(1993), Clifford Geertz(2012)ou Hans-Georg Soeffner (2004)–une prestation est une «façon de faire»,un «savoir-faire»utilisé pour résoudre un problème, répondre à une question.Exemples:fournir un renseignement, produire des conseils, offrir des expertises, permettre de choisir et d’acheter des biens matériels ou immatériels, faciliter la rencontreentre personnes cherchant une compagnie, etc.2)En tant que genre spécifiqued’une institution pratique, laprestationestunesolution, une institution qui standardise des besoins decommunication, d’échangeau sens général du terme (au sens, par exemple,de C.Lévi-Strauss)etau sens plus spécifique, i.e.au sens d’échange, de partage, … de messages. Par exemple, l’entretien d’un jardin recouvre toute une série de pratiques techniques qui font partie d’une culture (personnelle ou collective) du jardinage. En revanche, expliquer, conseiller, enseignercomment jardiner, offrir gracieusement ou contre paiement ce savoir-faire estune prestation et fait partie d’une culture(personnelle ou collective) d’échange, de communication, de partage, etc. 143)La notion de la prestationcomporteintrinsèquement unedimension axiologiquede la pertinence, de l’intérêtou, d’une manière plus générale, de la valeur(pratique, cognitive, esthétique, éthique, etc.)d’une prestationdonnéepour un acteur social donné. Bien entendu, l’intérêt, la valeur –le sens –d’une prestation (et, à fortiori, d’un site ou d’un texte) n’est évidemment pas obligatoirement réduit à une axiologie pratique ou utilitariste. Par exemple, fournir des informations corporate sur une billetterieen lignen’est une prestation importante que si le prestataire est inconnu ou peu connu. En revanche, le fait de pouvoir comparer et acquérir des billets constitue évidemment une attente tout à fait légitime pour lequel le site doit proposer une solution. 4)Une prestationest obligatoirement enchâssée ou emboîtée dans une configuration contractuellequi, comme le montre si bien la théorie narrative d’A.J. Greimas, ne met pas seulement en relationun destinateur et un destinataire mais toute une structure cognitiveet modale complexefaite d’attentes, d’obligations, d’évaluations, de sanctions, de hiérarchisations, de reconnaissances, etc. –structure qui rend bien compte de la communication comprise(à la suite des travaux de l’école de Palo Alto, par exemple)comme un phénomène systémiqueet pragmatique.Ainsi un type particulier de prestations tels que celui d’offrir –et de vivre -une exposition en ligne consacrée à un patrimoine donné est caractérisé, entre autres: a.par les «attentes (légitimes)» du public visé;b.par les «contraintes propres à la spécificité intellectuelle (artistique, …) de l’objet exposé;c.par les contraintes du milieu (de l’environnement) –sociales, techniques, juridiques, etc. –dans lequel cette prestation doit être développée et utilisée;d.par les connaissances (le savoir et savoir-faire) de l’exposant des attentes et de l’objet exposé;e.parle savoir-faire de réaliser une scénographie et un conducteur appropriés, etc.Tous ces «ingrédients» -et d’autres encore -jouent un rôle importantdans l’appréciation d’une prestation comme une solution plus ou moins optimale d’un problème ou d’un ensemble problèmes.5)Compris, défini comme une «façon de faire», un «savoir-faire», touteprestation repose sur un script(une sorte de rituelou de routine). Le script possèdeune fonction pratique: il sert au «déroulement» heureux d’une prestation. Il possèdeaussi une fonction théoriqueet technique-il sert de modèle(de référence, de standard):15a.pour procéder à des analyses comparativeset critiques, etb.pour procéder au designconceptueld’une prestation particulière. Au sens théorique et technique, l’approche par script d’une pratique/d’une prestation sert en effet régulièrementà une analyse comparative–au«benchmark»–d’un type de prestations donnéafin de réaliser de nouveaux modèles, d’améliorer des modèles existants, etc. Ainsi, on procède à des analyses comparatives de prestations du genre «boutique en ligne»ou «exposition en ligne» pour mieux se positionner dans un secteur commercial ou pour mieux répondre à des exigences d’une médiation culturelle dans le secteur patrimonial. 6)Lemodèle conceptuel d’une prestation –le script–est constitué typiquementd’un ensemble de critèresdont ceux que nous venons de discuter6:a.L’univers sémantique et discursif(le «champ topique»)d’une prestation;b.L’objetetles objectifsd’une prestation;c.Les rôlesimpliqués, la fonction et le statutdes rôlesdans une prestation; d.les attentes, les droitset obligations, les sanctions, …;e.Les actionset leconducteurd’une prestation(i.e. le scénario dudéroulement);f.Lelangage, les formes et figures d’expressiond’une prestation, sascénographie(cf. point 7);g.L’intégrationd’une prestation dans un réseau de prestations définissant la spécificité, l’identité d’un site web (cf. supra les sites d’Air France, de la BnF et de l’Inalco);h.Autres paramètres. 7)Une prestation telle que celle d’acheter un billetsur le site d’Air Franceou de consulter les formations de l’Inalcoou encore d’apprendre en ligne telle ou telle norme de catalogagesur le portail de la BnF,s’exprime, se manifeste, se met en scène (visuellement, d’une manière acoustique ou autre) sous forme de composants textuelsqui font partie du textscape–du paysage visuel –d’un site web. Ainsi, d’une manière vraiment très simple, une prestation telle que celle d’offrir une exposition sur une collection d’arts peut se trouver condenser sur une «page-écran», la page-écran à son tour peut être structurée en un ensemble de régions visuelles où chaque région sert au déploiement de base de l’exposition (exemple: région «titre (de l’exposition)», région «paragraphe -chapô», régions «illustration», etc.). 6Nous avons développé leconcept du script et de son utilisation dans l’ingénierie documentaired’une manière plus détaillé dans notreouvragePeter Stockinger,Les nouveaux produits d’information(Paris, Hermès 1999) 16Mais le conducteur d’une exposition peut se déployerégalementsur plusieursparties (rubriques, pages) d’un site.Enfin, ilpeut se déployer à travers différentssites, voire à travers une diversité de médias(numériques ounon)prenant ainsi la forme d’une prestationdite transmédia.8)Comme déjà mentionné plusieurs fois, la pertinence, la valeur d’uneprestationen termesd’une solution plus ou moins optimale pour une classede problèmes ne peut être évaluée en fonction de sa place dans un écosystème de communication. Ainsi, l’écosystème d’une communication commerciale possède ses contraintes. L’absence d’une prestation attendue ou encore une prestation «mal scénarisée» en fonction de ces contraintes fera perdre à un site web de sa valeur, de son intérêt pour le ou les publics concernés –processus qui est tout à fait analogue à celui auxquels sont soumis aussi les institutions au sens «classique» qui, comme un site web,peuvent vieillir et se transformer en fonction des contraintes propres à l’écosystème social dont elles font partie.6) Analyse et expertise sémiotiquedu site webL’analyse sémiotique de sites web s’intéresseau sensd’un site web et à la valeurqu’il possède dans un écosystème de communicationdonnépour ses «parties prenantes»: le public visé, ses ayant-droits, ses concepteurs et réalisateurs, ses rédacteurs, ses critiques, etc. La figure 4 résume sous la forme d’un tableau analytiqueles différents points de vue de l’analyse sémiotique de l’objet site web en particulier et de l’objet texte en général tout en privilégiant le point de vue «site web = institution numérique».1)Le point de vue du site comme objet compositionnel: Unsite web (comme toutobjet textuel)peut être appréhendé à différentes échelles. Ainsi, l’expertise sémiotique peut se concentrer sur un certain type de sites web (elle peut s’intéresser, par exemple, à un corpus de sites appartenant à un même secteur d’activités pour en faire une analyse comparative). Elle peut s’intéresser également à une partie textuelle d’un site (elle peut s’intéresser, par exemple, au contenu et/ou à l’organisation visuelle de la page d’accueil, elle peut s’intéresser à l’organisation d’une rubrique donnée, etc.).2)Le point de vue du site comme objet stratifiéen un ensemble de «couches» qui se déploie autour d’une ou de plusieurs prestations. L’analyse sémiotique peut s’intéresser à l’ensemble des strates composant une prestation particulière d’un site ou, au contraire seulement à certaines.Elle peut aussi s’intéresser à un type de prestation et à sa définition et mise en place dans un corpus de site.173)Le point de vue du site comme objet fonctionnel. En tant qu’élément d’un écosystème de communication, le site web peut être analysé dans sa capacité de répondre aux divers besoins et intérêts du public visé. Il peut servir de terrain d’observation de l’appropriation des prestations par les usagers. Enfin, l’analyse sémiotique peut également s’intéresser au site web à travers ses différentes phases de vie –de sa première définition dans un projet de communication web jusqu’à ses versions successives en ligne en passant par les diverses esquisses, maquettes et autres prototypes qui précèdent une mise en ligne.(Figure 4: Cadre théorique général de l’objet «texte»)Lesdifférents critères identifiés dans le tableau analytiqueseront précisés par les analyses concrètes de corpusde sites web. En résumé, je voudrais retenir les quatrepoints suivants:1.La textualité, l’organisation et l’expression textuelle manifeste d’un site doit être lue, interprétéeet évaluéeen référence à son rôle dans un écosystème de communication.2.Le rôle principal d’un site web dans un écosystème de communication est celui de proposer des solutions sous forme d’une ou de plusieurs prestations.Le texte/La sphère textuelleLe site web1) Type de site: blog, portail, site corporate, site à thème,…2) Composants d’un site: page d’accueil, page web, paragraphe, composants fonctionnellement spécialisés, composants à thème, …3) Sphère/«paysage» de sites, corpus de sites: sites d’un secteur d’activités; …La/les prestations du site (d’un corpus …)1)L’objetet les objectifsd’une prestation.2)L’univers sémantique et discursif(le «champ topique»)d’une prestation.3)La configuration contractuelleet narrative(rôles, attentes, droits, obligations, sanctions, …).4)Les actionset le conducteurd’une prestation (le scénario du déroulement).5)Le langage, les formes et figures d’expression d’une prestation.6)La «mise en scène(visuelle, …)» sur le site.7)La médiasphèreutilisé.1)Ecosystème de communication:type d’écosystème2)Plan de communication(analyse, conception, développement, test, …)Compositiondu siteStratificationdu siteFonctionet statutdu site183.Ces prestations sont conçues, élaborées, réalisées et maintenues d’une manière intentionnelle, i.e. elles sont (comme nous le dit déjà le sens lexical de l’expression «institution») établiesparce qu’on suppose qu’elles répondent à un besoin, à un problème, à une attente …4.Comment ces prestations doivent êtreconçues et «établies» (i.e. textualisées, mises en scène sur un site), sielles répondent aux attentes et besoins (supposés), sielles sont appréciées et utilisées par les publics (les destinataires) intéressés, cela est un des enjeux principaux de ce que l’on appelle l’expertise sémiotique, la partie appliquée de l’analyse sémiotique et qui fait partie de l’audit d’un site et/ou d’un écosystème de communication(cf. Stockinger 2015, 2017).De toute les façons, les critères réunis dans le tableau analytique ci-dessus (figure 4) fournissent le cadre (évidemment toujours perfectible) pour mener ce type de recherche appliquée.BibliographieDe Certeau, Michel:La culture au pluriel.Paris, Seuil 1993Durkheim, Emile: Les règles de la méthode sociologique(1895). Paris, Payot 2009Geertz, Clifford:Savoir local, savoir global.Paris, PUF 2012Greimas, A.J. et Courtés, Joseph:Dictionnaire raisonné de la théorie du langage. Paris, Hachette 1979Lallement, Michel :Repenser l’institution: avec Durkheim et au-delà; in: Idées économiques et sociales2010/1, N° 159, pp.18 –24)Rouquette, Sébastien:L’analyse des sites internet. Une radiographie du cyberespace. Bruxelles, de Boeck 2009Soeffner, Hans-Georg:Auslegung des Alltags –Der Alltag der Auslegungen. Konstanz.UVK Verlagsgesellschaft 2004Stockinger, Peter:Les nouveaux produits d’information.Conception et sémiotique du document.Paris, HermèsScience Publications1999Stockinger, Peter :Les sites web.Conception, description et évaluation. Paris, HermèsScience Publications2005Weber, Max:Soziologische Grundbegriffe.Tübingen, Mohr 1981

HAL Id: hal-01737212https://hal-inalco.archives-ouvertes.fr/hal-01737212Submitted on 19 Mar 2018HALis a multi-disciplinary open accessarchive for the deposit and dissemination of sci-entific research documents, whether they are pub-lished or not. The documents may come fromteaching and research institutions in France orabroad, or from public or private research centers.L’archive ouverte pluridisciplinaireHAL, estdestinée au dépôt et à la diffusion de documentsscientifiques de niveau recherche, publiés ou non,émanant des établissements d’enseignement et derecherche français ou étrangers, des laboratoirespublics ou privés.Distributed under a Creative CommonsAttribution – NonCommercial – NoDerivatives| 4.0International LicenseLe site web comme institution numérique.Peter StockingerTo cite this version:Peter Stockinger. Le site web comme institution numérique. : Une approche sémiotique et fonction-nelle.. 2018. ￿hal-01737212￿10des dizaines de milliers, voire dans certains cas, des millions d’individus pour en faire des communautés virtuelles. En tant que lieu adaptableet personnalisablela structure, l’organisation du site webcommençait às’adapteraux souhaits, besoins ou désirs de ses utilisateurs, de ses parties prenantes. Il commençait à prendredes alluresparticulières en fonction detelle ou telle catégorie du public visé. Ainsi, par exemple,un portail corporatepeuten principe s’adapter aux différents «cibles» qui forment le public de son écosystème de communication: personnel interne, clients, partenaires économiques et financiers, médias, pouvoir public, etc. Il peut également tenir compte, dans son organisation, du fait que son publicest formé de groupes sociaux à profils linguistiques et culturels différents. L’adaptation d’un site web non seulement joue au niveau de l’expression –du design visuel lato sensu(i.e. incluant toutes les modalités de perception de la surface d’un site)–mais aussi au niveau du design du contenudu site. Enfin, depuis quelques années(depuis environ 2013, 2014), on constatel’arrivée d’un nouveau type de sites web qui se base essentiellement sur l’exploitationde données numériquesde toutes sortes (etpas seulement textuelles). Ces sites tirent profit des avancées dans le traitement et l’analyse des données soit dans une optique statistique et probabiliste qui prévaut dans la science des données, soit dans une optique symbolique et sémantique qui domine dans le web des données («linked data» en anglais). C’est dans ce sens que l’on commence à parler, d’une manière encore fort métaphorique, desitesweb intelligents. Ainsi certains sites offrent des prestations qui font appel aux potentialités, par exemple, du «deep learning» (exemples: reconnaissance d’images, de la parole; traducteurs automatiques, …); d’autres sites offrent des prestations qui reposentsur les potentialités du web sémantique(exemple: moteurs sémantiques de recherche, filtrage sémantique de données, collecte et restitution sémantiques de données, …).Nous assistons aujourd’hui à un renouvellement profond de la médiasphère numérique des années 90/début 2000 –médiasphère numérique caractérisé par la place dominante des médias sociaux et par l’arrivée des sites dont les prestations font appel aux techniques de la science des donnéeset/ou du web des données.Le point importantqu’il faut retenir ici est que tout site webpeu importe s’il relève de la génération du web 1, du web 2 ou encore du web 3 qui est en train d’émerger constitue pour sonécosystème de communication une solutionplus ou moins réussie, toujours perfectibleà une classe donnée de problèmes. 4) Le site web compris comme une institution (numérique)Essayons donc de comprendre maintenant d’une manière générale la structure, l’organisation d’un site webet comment cette structure peut être 11rapprochée à celle de l’institution au sens d’un modèle de référence qui sert de solution pour une classe donnée de problèmes et qui s’instancie dans des standards (des normes et des règles), des pratiques, de rôles, d’artefacts, de lieux, … réservés, dédiés.L’étymologie du terme siteremonte à l’expression latine situs. Cette expression signifie d’une partlieu, emplacementetd’autre partpaysage(i.e. structure, relief perceptif)qui exprime, qui met en scène un (éventuel) sens particulier, une (éventuelle) valeur particulière du site pour un acteur(social).Ces deux significations–d’une part lieu, emplacement, d’autre part structure, relief perceptif-thématisentd’une manière assez allusive les troisconstituants principauxde tout site web –et d’une manière plus générale –de tout texte: 1.L’éventuelsens, l’éventuellevaleur (intérêtpratique, plaisir, etc.) d’unsite(et d’un texte en général)pour un acteur (social);2.la mise en scène, l’expressionperceptive (et pas seulement visuelle!)de ce senséventuel, de cette valeuréventuelle;3.le medium ou le média, i.e. le lieu,l’emplacement du sens mis en scène et exprimé sous forme visuelle, acoustique ou autre.Le contenu(et, pour son utilisateur, le sens, la valeur) d’un site consiste plus précisément en une ou un ensemble de prestations(ou de «services») –notion que j’ai utilisé dans mon livre en 20055consacré à l’analyse sémiotique de sites web. (figure 1: Capture site Air France)Pour prendre un exemple très simple: comme beaucoup d’autres sites commerciaux, le site d’Air France offre à ses clients (potentielset réels) la possibilité de créer uncomptequi est une version personnalisée des prestations fournies par le site d’Air France (figure 1). Le propriétaire d’un compte peut ainsi se renseigner sur les vols de lacompagnie, acquérir un billet de transport,gérer ses réservations, procéder à l’enregistrement en ligne, obtenir desbonus commerciaux(des «miles»), bénéficier d’offres promotionnelles, se faire conseiller par Air Francepour organiser un séjour, et ainsi de suite.5Cf. Stockinger, Peter: Les sites web. Conception, description et évaluation. Paris, Hermès –Lavoisier 200512Toutes ces activitésforment ensemble une configuration(un réseau)de prestationsqui caractérisel’espace sémantique et l’univers de discours de l’offre commerciale d’Air France sur ce site. Le site, lui, est fonctionnellement spécialisé, forme une «boutique (personnalisable) en ligne» et répond ainsi aux contraintes qui sont propres àl’écosystème de la communication commerciale.Structurellement parlant, il en va de même pour tout autre site. Prenons l’exemple du portail de la BnF ou celui d’un site universitaire, par exemple celui de l’Inalco. (figure 2: Capturebandeausite BnF)Sans évidemment pouvoir faire ici une analyse quelque peu systématique, un simple regard sur le portailde la BnF (figure 2) nous montre qu’il propose, entre autres,une série de prestations (d’apprentissage, de sensibilisation, de lecture) pour toute personne intéressée en son patrimoine culturel. Il propose également une série de prestations dédiées aux professionnels de la bibliothéconomie autour des pratiques et enjeux du catalogage et de l’indexation dans un environnement numérique. Et, enfin, il propose des prestations en directionde catégories de publics circonscrites –enseignants, journalistes, éditeurs, mécènes, etc. Cette configuration complexe, ceréseau de prestations caractérisede nouveau l’espace sémantique et l’univers du discours del’offrecorporatede la BnF. Elle qualifié simultanément la BnF dans son double rôle: celui d’être une institution patrimoniale désireuse de diffuser et de rendre accessible l’héritage culturel français et celui d’être un acteur de référence dans le domaine des bibliothèques numériques.(figure 3: Capture bandeau site INALCO)Si l’on considère lesite de l’INALCO, onvoit que ce dernier organise son «territoire» son univers sémantiqueautour d’une série de prestations en direction des étudiants actuels et futurs (formations, cours, recherche, personnel enseignant, etc.). Et on voit apparaître –timidement,mais tout de même –de nouvelles séries de prestations qui montrent que l’institution «université» évolue/doit évoluer (tant bien que mal) dans un environnement concurrentiel et «libéralisé» l’obligeant às’inventer une nouvelle culture institutionnelle pour séduire de nouveaux publics tels que mécènes, sponsors,journalistes ou encore «gens d’influence» de toutes sortes. 13Je ne prétends évidemment pas faire ici des analyses plus approfondies des prestationset des réseaux de prestationsqui caractérisentun site web. Néanmoins, je pense que l’on gagne en compréhension à la fois théorique,méthodologique etpratique si on considère l’objet site –comme tout objet «texte» en général –dans une perspective «institutionnelle»à savoir…:… comme une«solution»(plus ou moins optimale) à une classe plus ou moins bien définie de problèmesqui se posent à un acteur social(à une personne, à un groupe social,àune communauté, à une organisation, etc.).Unsite web,et d’une manière plus générale tout texte en tant qu’instrument, en tant qu’outil de communication, d’échange, de partage (d’informations, de messages, de services, etc.),encapsule une ou un réseau de prestations que sont des solutions attendues dansl’écosystème dont le site ou le texte fait partie, pour lequel il a été conçu, réalisé et utilisé. C’est dans ce sens, que le site web est une institution –comme l’est le texte ou encore, pour citer Saussure, la langue.5) La notion de «prestation»En quelques mots et d’une manière vraiment très condensée, je voudrais énumérer quelques idées etpropositionsen m’appuyant sur la notion,à mon avis,centrale de la prestationpour clarifier, voire opérationnaliser cette visiondu texte en tant qu’institution:1)Une «prestation» est uneforme, un genre depratiquesstandardisées(i.e. «normée» explicitement ou par la tradition, par l’expérience). En d’autres termes –et en me référant à des auteurs tels queMichel de Certeau(1993), Clifford Geertz(2012)ou Hans-Georg Soeffner (2004)–une prestation est une «façon de faire»,un «savoir-faire»utilisé pour résoudre un problème, répondre à une question.Exemples:fournir un renseignement, produire des conseils, offrir des expertises, permettre de choisir et d’acheter des biens matériels ou immatériels, faciliter la rencontreentre personnes cherchant une compagnie, etc.2)En tant que genre spécifiqued’une institution pratique, laprestationestunesolution, une institution qui standardise des besoins decommunication, d’échangeau sens général du terme (au sens, par exemple,de C.Lévi-Strauss)etau sens plus spécifique, i.e.au sens d’échange, de partage, … de messages. Par exemple, l’entretien d’un jardin recouvre toute une série de pratiques techniques qui font partie d’une culture (personnelle ou collective) du jardinage. En revanche, expliquer, conseiller, enseignercomment jardiner, offrir gracieusement ou contre paiement ce savoir-faire estune prestation et fait partie d’une culture(personnelle ou collective) d’échange, de communication, de partage, etc. 143)La notion de la prestationcomporteintrinsèquement unedimension axiologiquede la pertinence, de l’intérêtou, d’une manière plus générale, de la valeur(pratique, cognitive, esthétique, éthique, etc.)d’une prestationdonnéepour un acteur social donné. Bien entendu, l’intérêt, la valeur –le sens –d’une prestation (et, à fortiori, d’un site ou d’un texte) n’est évidemment pas obligatoirement réduit à une axiologie pratique ou utilitariste. Par exemple, fournir des informations corporate sur une billetterieen lignen’est une prestation importante que si le prestataire est inconnu ou peu connu. En revanche, le fait de pouvoir comparer et acquérir des billets constitue évidemment une attente tout à fait légitime pour lequel le site doit proposer une solution. 4)Une prestationest obligatoirement enchâssée ou emboîtée dans une configuration contractuellequi, comme le montre si bien la théorie narrative d’A.J. Greimas, ne met pas seulement en relationun destinateur et un destinataire mais toute une structure cognitiveet modale complexefaite d’attentes, d’obligations, d’évaluations, de sanctions, de hiérarchisations, de reconnaissances, etc. –structure qui rend bien compte de la communication comprise(à la suite des travaux de l’école de Palo Alto, par exemple)comme un phénomène systémiqueet pragmatique.Ainsi un type particulier de prestations tels que celui d’offrir –et de vivre -une exposition en ligne consacrée à un patrimoine donné est caractérisé, entre autres: a.par les «attentes (légitimes)» du public visé;b.par les «contraintes propres à la spécificité intellectuelle (artistique, …) de l’objet exposé;c.par les contraintes du milieu (de l’environnement) –sociales, techniques, juridiques, etc. –dans lequel cette prestation doit être développée et utilisée;d.par les connaissances (le savoir et savoir-faire) de l’exposant des attentes et de l’objet exposé;e.parle savoir-faire de réaliser une scénographie et un conducteur appropriés, etc.Tous ces «ingrédients» -et d’autres encore -jouent un rôle importantdans l’appréciation d’une prestation comme une solution plus ou moins optimale d’un problème ou d’un ensemble problèmes.5)Compris, défini comme une «façon de faire», un «savoir-faire», touteprestation repose sur un script(une sorte de rituelou de routine). Le script possèdeune fonction pratique: il sert au «déroulement» heureux d’une prestation. Il possèdeaussi une fonction théoriqueet technique-il sert de modèle(de référence, de standard):15a.pour procéder à des analyses comparativeset critiques, etb.pour procéder au designconceptueld’une prestation particulière. Au sens théorique et technique, l’approche par script d’une pratique/d’une prestation sert en effet régulièrementà une analyse comparative–au«benchmark»–d’un type de prestations donnéafin de réaliser de nouveaux modèles, d’améliorer des modèles existants, etc. Ainsi, on procède à des analyses comparatives de prestations du genre «boutique en ligne»ou «exposition en ligne» pour mieux se positionner dans un secteur commercial ou pour mieux répondre à des exigences d’une médiation culturelle dans le secteur patrimonial. 6)Lemodèle conceptuel d’une prestation –le script–est constitué typiquementd’un ensemble de critèresdont ceux que nous venons de discuter6:a.L’univers sémantique et discursif(le «champ topique»)d’une prestation;b.L’objetetles objectifsd’une prestation;c.Les rôlesimpliqués, la fonction et le statutdes rôlesdans une prestation; d.les attentes, les droitset obligations, les sanctions, …;e.Les actionset leconducteurd’une prestation(i.e. le scénario dudéroulement);f.Lelangage, les formes et figures d’expressiond’une prestation, sascénographie(cf. point 7);g.L’intégrationd’une prestation dans un réseau de prestations définissant la spécificité, l’identité d’un site web (cf. supra les sites d’Air France, de la BnF et de l’Inalco);h.Autres paramètres. 7)Une prestation telle que celle d’acheter un billetsur le site d’Air Franceou de consulter les formations de l’Inalcoou encore d’apprendre en ligne telle ou telle norme de catalogagesur le portail de la BnF,s’exprime, se manifeste, se met en scène (visuellement, d’une manière acoustique ou autre) sous forme de composants textuelsqui font partie du textscape–du paysage visuel –d’un site web. Ainsi, d’une manière vraiment très simple, une prestation telle que celle d’offrir une exposition sur une collection d’arts peut se trouver condenser sur une «page-écran», la page-écran à son tour peut être structurée en un ensemble de régions visuelles où chaque région sert au déploiement de base de l’exposition (exemple: région «titre (de l’exposition)», région «paragraphe -chapô», régions «illustration», etc.). 6Nous avons développé leconcept du script et de son utilisation dans l’ingénierie documentaired’une manière plus détaillé dans notreouvragePeter Stockinger,Les nouveaux produits d’information(Paris, Hermès 1999) 16Mais le conducteur d’une exposition peut se déployerégalementsur plusieursparties (rubriques, pages) d’un site.Enfin, ilpeut se déployer à travers différentssites, voire à travers une diversité de médias(numériques ounon)prenant ainsi la forme d’une prestationdite transmédia.8)Comme déjà mentionné plusieurs fois, la pertinence, la valeur d’uneprestationen termesd’une solution plus ou moins optimale pour une classede problèmes ne peut être évaluée en fonction de sa place dans un écosystème de communication. Ainsi, l’écosystème d’une communication commerciale possède ses contraintes. L’absence d’une prestation attendue ou encore une prestation «mal scénarisée» en fonction de ces contraintes fera perdre à un site web de sa valeur, de son intérêt pour le ou les publics concernés –processus qui est tout à fait analogue à celui auxquels sont soumis aussi les institutions au sens «classique» qui, comme un site web,peuvent vieillir et se transformer en fonction des contraintes propres à l’écosystème social dont elles font partie.6) Analyse et expertise sémiotiquedu site webL’analyse sémiotique de sites web s’intéresseau sensd’un site web et à la valeurqu’il possède dans un écosystème de communicationdonnépour ses «parties prenantes»: le public visé, ses ayant-droits, ses concepteurs et réalisateurs, ses rédacteurs, ses critiques, etc. La figure 4 résume sous la forme d’un tableau analytiqueles différents points de vue de l’analyse sémiotique de l’objet site web en particulier et de l’objet texte en général tout en privilégiant le point de vue «site web = institution numérique».1)Le point de vue du site comme objet compositionnel: Unsite web (comme toutobjet textuel)peut être appréhendé à différentes échelles. Ainsi, l’expertise sémiotique peut se concentrer sur un certain type de sites web (elle peut s’intéresser, par exemple, à un corpus de sites appartenant à un même secteur d’activités pour en faire une analyse comparative). Elle peut s’intéresser également à une partie textuelle d’un site (elle peut s’intéresser, par exemple, au contenu et/ou à l’organisation visuelle de la page d’accueil, elle peut s’intéresser à l’organisation d’une rubrique donnée, etc.).2)Le point de vue du site comme objet stratifiéen un ensemble de «couches» qui se déploie autour d’une ou de plusieurs prestations. L’analyse sémiotique peut s’intéresser à l’ensemble des strates composant une prestation particulière d’un site ou, au contraire seulement à certaines.Elle peut aussi s’intéresser à un type de prestation et à sa définition et mise en place dans un corpus de site.173)Le point de vue du site comme objet fonctionnel. En tant qu’élément d’un écosystème de communication, le site web peut être analysé dans sa capacité de répondre aux divers besoins et intérêts du public visé. Il peut servir de terrain d’observation de l’appropriation des prestations par les usagers. Enfin, l’analyse sémiotique peut également s’intéresser au site web à travers ses différentes phases de vie –de sa première définition dans un projet de communication web jusqu’à ses versions successives en ligne en passant par les diverses esquisses, maquettes et autres prototypes qui précèdent une mise en ligne.(Figure 4: Cadre théorique général de l’objet «texte»)Lesdifférents critères identifiés dans le tableau analytiqueseront précisés par les analyses concrètes de corpusde sites web. En résumé, je voudrais retenir les quatrepoints suivants:1.La textualité, l’organisation et l’expression textuelle manifeste d’un site doit être lue, interprétéeet évaluéeen référence à son rôle dans un écosystème de communication.2.Le rôle principal d’un site web dans un écosystème de communication est celui de proposer des solutions sous forme d’une ou de plusieurs prestations.Le texte/La sphère textuelleLe site web1) Type de site: blog, portail, site corporate, site à thème,…2) Composants d’un site: page d’accueil, page web, paragraphe, composants fonctionnellement spécialisés, composants à thème, …3) Sphère/«paysage» de sites, corpus de sites: sites d’un secteur d’activités; …La/les prestations du site (d’un corpus …)1)L’objetet les objectifsd’une prestation.2)L’univers sémantique et discursif(le «champ topique»)d’une prestation.3)La configuration contractuelleet narrative(rôles, attentes, droits, obligations, sanctions, …).4)Les actionset le conducteurd’une prestation (le scénario du déroulement).5)Le langage, les formes et figures d’expression d’une prestation.6)La «mise en scène(visuelle, …)» sur le site.7)La médiasphèreutilisé.1)Ecosystème de communication:type d’écosystème2)Plan de communication(analyse, conception, développement, test, …)Compositiondu siteStratificationdu siteFonctionet statutdu site183.Ces prestations sont conçues, élaborées, réalisées et maintenues d’une manière intentionnelle, i.e. elles sont (comme nous le dit déjà le sens lexical de l’expression «institution») établiesparce qu’on suppose qu’elles répondent à un besoin, à un problème, à une attente …4.Comment ces prestations doivent êtreconçues et «établies» (i.e. textualisées, mises en scène sur un site), sielles répondent aux attentes et besoins (supposés), sielles sont appréciées et utilisées par les publics (les destinataires) intéressés, cela est un des enjeux principaux de ce que l’on appelle l’expertise sémiotique, la partie appliquée de l’analyse sémiotique et qui fait partie de l’audit d’un site et/ou d’un écosystème de communication(cf. Stockinger 2015, 2017).De toute les façons, les critères réunis dans le tableau analytique ci-dessus (figure 4) fournissent le cadre (évidemment toujours perfectible) pour mener ce type de recherche appliquée.BibliographieDe Certeau, Michel:La culture au pluriel.Paris, Seuil 1993Durkheim, Emile: Les règles de la méthode sociologique(1895). Paris, Payot 2009Geertz, Clifford:Savoir local, savoir global.Paris, PUF 2012Greimas, A.J. et Courtés, Joseph:Dictionnaire raisonné de la théorie du langage. Paris, Hachette 1979Lallement, Michel :Repenser l’institution: avec Durkheim et au-delà; in: Idées économiques et sociales2010/1, N° 159, pp.18 –24)Rouquette, Sébastien:L’analyse des sites internet. Une radiographie du cyberespace. Bruxelles, de Boeck 2009Soeffner, Hans-Georg:Auslegung des Alltags –Der Alltag der Auslegungen. Konstanz.UVK Verlagsgesellschaft 2004Stockinger, Peter:Les nouveaux produits d’information.Conception et sémiotique du document.Paris, HermèsScience Publications1999Stockinger, Peter :Les sites web.Conception, description et évaluation. Paris, HermèsScience Publications2005Weber, Max:Soziologische Grundbegriffe.Tübingen, Mohr 1981

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